Origines et toponymie Lorme (aujourd’hui Lormes) tire son nom de l’orme (ulmus en latin), arbre emblématique représenté sur son blason, en référence aux ormeaux de l’ancienne place des Ormeaux (actuel cours du 11-Novembre). Les premières traces remontent au Ve siècle, avec des vestiges romains et une villa liée à saint Eptade, premier abbé de Cervon. La localité, érigée en paroisse avant le Xe siècle, est citée sous les noms Castrum de Ulmo (1157) puis Lorma (1085).
Moyen Âge : une baronnie influente Lormes devient une baronnie puissante sous la suzeraineté des comtes de Nevers et du roi de France, avec 16 fiefs nobles et 10 ruraux. Les seigneurs, comme Hugues III de Lormes (XIIe–XIIIe siècles), marquent l’histoire par leur participation aux croisades (1re et 2e) et à la bataille de Bouvines (1214). La ville se dote de remparts (21 tours, 3 portes) et d’une charte communale (1223), octroyant des libertés aux habitants. La baronnie se scinde au XIVe siècle entre les Chalon-Arlay (Lormes-Chalon) et les seigneurs de Château-Chinon.
Renaissance et guerres de Religion Au XVIe siècle, Lormes est un foyer protestant avant de basculer dans la Ligue catholique. En 1591, la ville résiste à un siège, épisode commémoré par une procession annuelle le mardi de Pâques. Le château, reconstruit après sa destruction par le maréchal d’Aumont, devient un symbole de pouvoir avant d’être incendié en 1811. La seigneurie passe entre les mains des Chalon, puis des Bouthillier (XVIIIe siècle), mettant fin à sept siècles de transmission féminine.
Révolution et bouleversements Sous la Révolution, Lormes est rebaptisée Lormes-la-Montagne (1792–1795). L’église devient un temple de la Raison (1794), et les biens ecclésiastiques sont confisqués. Le curé Paul Bussy, après avoir prêté serment à la Constitution civile du clergé, renonce à son ministère en 1794. La Terreur s’y illustre par des profanations et des fêtes révolutionnaires (arbres de la Liberté, autodafés).
XIXe–XXe siècles : modernisation et guerres Au XIXe siècle, l’héritage du curé Étienne Méreau (1832) permet la construction d’un hôpital (1834). Le tacot (1901–1939) désenclave la ville. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lormes abrite le maquis Camille et subit une répression allemande : huit otages fusillés en juin 1944 après une attaque des FFI. La ville, épargnée en 1914–1918, paie alors un lourd tribut à la Résistance.
La commune de Lormes, en Bourgogne, a vu naître ou inspiré des figures historiques et culturelles variées. Au XVIIIe siècle, le chevalier Charles-François de Chevannes (1737-1823), maréchal des logis des gardes du roi, et le révolutionnaire Jean-Baptiste Jourdan du Mazot (1757-1829), député de la Nièvre, illustrent son ancrage politique. L’ère romantique y laisse sa trace avec le peintre Jean-Baptiste Corot (1796-1875), qui immortalisa ses paysages, et l’éditeur Eugène Renduel (1798-1874), acteur clé de la littérature.
Le XIXe siècle voit émerger des esprits éclectiques : le médecin-chimiste Charles Flandin (1803-1887), le mystique Simon Ganneau (1806-1851), fondateur de l’Évadaïsme, ou l’écrivain Henri Bachelin (1879-1941), né dans le quartier de La Grange Billon. Au XXe siècle, Lormes compte parmi ses fils le compagnon de la Libération Élie France Touchaleaume (1914-2010).
Enfin, la ville attire des personnalités contemporaines, comme le médiéviste Michel Zink (1945-), académicien résident depuis 2007, ou l’ancien préfet Jean-Pierre Lacroix (1942-2024), engagé dans la vie locale.
L’épopée des Dames de Lormes : un acte de résistance féminine en 1591
En plein cœur des guerres de Religion, la petite ville de Lormes, rattachée à la Ligue catholique, fut le théâtre d’un épisode héroïque le lundi de Pâques 1591. Profitant de l’absence des hommes partis célébrer les fêtes à Corbigny, les troupes huguenotes de Clamecy, menées par le gouverneur Champommier sur ordre du duc de Nevers, tentèrent de s’emparer de la cité pour la rallier au roi Henri IV (alors encore protestant).
Face à l’assaut, ce sont les femmes de Lormes qui prirent les armes. Sans expérience militaire mais avec une détermination farouche, elles organisèrent la défense des remparts en utilisant les moyens du bord : pierres, cendres brûlantes et eau bouillante déversées sur les assaillants. Leur résistance, d’abord improvisée, devint méthodique, repoussant les attaques aux canons et couleuvrines pendant une journée entière.
Le retour des hommes à la nuit tombée permit de briser le siège le lendemain. Les Lormois, galvanisés, contre-attaquèrent et infligèrent de lourdes pertes aux Huguenots clamecycois.
En hommage à leur bravoure, le roi accorda aux Dames de Lormes un privilège perpétuel : celui de marcher en tête de la procession de Pâques, devant les hommes. Ce droit symbolique, , consacre leur place dans l’histoire locale comme emblème de résistance et d’audace féminine.
Un héritage vivant Leur exploit est commémoré par une plaque bleue près des anciens remparts et une place dédiée en haut de la ville. L’histoire, transmise aux enfants de Lormes, rappelle comment des femmes ordinaires, ont changé le cours d’une histoire par leur courage.
Extrait de Jean Vigreux, Jean Longhi, alias Grandjean, un héros de la Résistance. Biographie du chef départemental des maquis de la Nièvre, ed. ARORM, Saint-Brisson, 2024.
Le 12 juin 1944 a lieu le terrible accrochage à Lormes. On dénombre plusieurs morts au combat. Ce 12 juin 1944, des hommes du maquis Julien saisissent des uniformes à la gendarmerie, en vue d’une prochaine opération. Alertée de cette intervention, l’armée allemande intervient, engage le combat et se déchaîne sur la population ; 10 civils sont pris en otages, plusieurs maquisards sont tués et sept soldats allemands également, selon l’historique du maquis Camille ; toutefois, le rapport de gendarmerie relate le décès d’un seul soldat de la Wehrmacht. Il y eut au total 4 résistants tués et 2 blessés au combat. Plusieurs maisons sont incendiées et 4 civils exécutés[1]. Selon le témoignage de Paul Bernard (Camille), « tout commence avec le départ en voiture de gendarmes de la brigade de Lormes qui voulaient rejoindre le maquis. Le brigadier, croyant à un « enlèvement », téléphone aux Allemands, environ 200, qui investissent la ville. Rondenay, Suarès et Grout de Beaufort montent une opération pour les libérer. Une cinquantaine de maquisards pénètrent dans la ville et leur action permet « de dégager les camarades et de tenir Lormes quatre heures à un contre huit (…) Quatre heures pendant lesquelles Jarry, Sudète et Pair, un FM sous le bras, deviendront les partisans acharnés, arrachant aux boches, couloir par couloir, le chemin de la place ». Cette action vaut à André Rondenay une citation à l’ordre de l’armée »[2]. L’un des maquisards tués au combat sur un toit alors qu’il reste accroché au chéneau d’une maison de Lormes, Paul Pozzi, était un poète. Il avait écrit de manière prémonitoire :
« Je voudrais mourir un grand soir,
Parmi les balles, la fumée,
Etre une clarté consumée,
Par le néant, dans un trou noir,
Me dresser, rieur sur la crête,
Où la mort passe en miaulant,
Et redescendre tout sanglant »
[1] Voir Jean-Claude Martinet, op. cit., p. 283.
[2] Témoignage cité par Jean Longhi dans Marcel Vigreux, Le Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale, op. cit., p. 261.